visuel

abstraction étendue

10/02/2008 - 25/05/2008

Commissariat : Christian Besson et Julien Fronsacq

Une abstraction singulière née dans l’arc lémanique.

Une abstraction originale s’est développée depuis un quart de siècle, avec pour foyer primitif la Suisse romande. Elle se caractérise par la double extension de ses dispositifs et de ses motifs : par sa propension à étendre son territoire et ses procédures au-delà du cadre traditionnel du tableau – non sans y revenir sans cesse – et par son souci de renouveler ses sources. Elle cristallise avec une génération grandie après 1968, pour laquelle la culture visuelle est un tout non hiérarchisé, dans lequel les distinctions s’établissent selon des points de vue personnels, esthétiques ou autres. Elle est connectée à la vie quotidienne, à la culture de masse, au rock, à la bande dessinée etc, et, dans cette mesure, elle est une abstraction ouverte, élargie, peu encline aux enfermements fondamentalistes ou essentialistes. Elle est une pratique moins spécialisée qu’existentielle, et son développement est inséparable de réseaux d’amitiés et de rencontres dont les ramifications s’étendent à l’extérieur de la Romandie. Cette abstraction, que nous proposons de nommer « abstraction étendue », a aujourd’hui des représentants un peu partout dans le monde ; la pleine reconnaissance de son originalité et l’étude de la scène artistique qui l’a mise au jour restaient cependant à faire.

La scène de l’abstraction étendue a le plus souvent été intégrée dans des expositions de groupe d’artistes suisses (dominées par la forte tendance néo-concrète de l’aire germanophone), et de tels regroupements ont entraîné un déficit certain dans la reconnaissance de son originalité.

Avec ses œuvres du début des années 1980, John M. Armleder est en première place au rang des figures paternelles de cette scène abstraite. Olivier Mosset, depuis 1978, se trouve alors pris à New York dans la mouvance de la peinture radicale. Des liens se tissent également avec Helmut Federle qui séjourne un temps à Genève. (Les trois artistes donneront à plusieurs reprises des entretiens croisés.) John Armleder organise en 1984 l’exposition Peinture abstraite (où tous trois se confrontent à de plus anciens et à quelques contemporains), une exposition qui est un point de repère important dans un panorama qui s’étend jusqu’à aujourd’hui.

Le premier volet de ce panorama, Abstraction étendue – une scène romande et ses connexions (1), débute vers 1980 et s’étend jusqu’à la génération née dans la première moitié des années 1970. L’exposition se déploie dans onze salles, au premier étage du château de Mouans ; elle s’étend dans le hall, l’escalier et le parc, et dialogue avec les œuvres de la Donation Albers-Honegger. Dans chacun de ces lieux l’accrochage met en évidence autant de caractéristiques de l’abstraction étendue : les processus d’appropriation, la distraction optique, l’importance du dessin, le sens de la typographie, la critique de la production de la valeur, les pratiques collectives de micro-production, la proximité avec la musique, la confusion volontaire avec l’ameublement… Deux salles sont des reconstitutions d’exposition. Plusieurs projets muraux sont spécifiques et réalisés sur place par des artistes. Depuis l’hiver 2006-2007, cette scène de l’abstraction étendue a été l’objet d’une recherche. Une collecte de documents et des enquêtes auprès des artistes impliqués ont permis d’en préciser les contours et de reconstituer les réseaux de relations artistiques et personnelles qui la constituent. Cette recherche, de type micro-historique, a été conduite par le Laboratoire des mondes possibles (HEAD, Haute École d’Art et de Design de Genève) en partenariat avec l’ÉCAL (École cantonale d’art de Lausanne).

Équipe de recherche : Christian Besson, Julien Fronsacq
Consultant : Samuel Gross

Cette exposition sera suivi d’un second volet intitulé “Abstraction Extension” à la Fondation pour l’art contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon, Alex (74290), du 5 juillet à septembre 2008.

Fruit de cette recherche, Christian Besson et Julien Fronsacq signent un livre qui paraîtra simultanément en trois éditions : en français, allemand et anglais aux “presses du réel”, sous les titres :

Abstraction Etendue / Ausgebreitete Abstraktion / Extended Abstraction

 

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