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Arts de l’Islam et Abstraction géométrique - Le chant rythmique de l’esprit

04/07/2005 - 08/01/2006

Commissariat : Arnauld Pierre, Historien de l’Art abstrait, Professeur à l’Université de Grenoble II,
Oleg Grabar, Historien des Arts de l’Islam, Professeur émérite à Princeton University, correspondant étrangers de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, Paris.

Née d’une suggestion de Gottfried Honegger, représentant historique de l’abstraction géométrique et fondateur de l’Espace de l’Art Concret, l’exposition «Le chant rythmique de l’esprit », Arts de l’Islam et Abstraction géométrique revient sur la question des possibles influences intellectuelles et formelles que les arts du monde arabo-musulman auraient pu exercer sur certains aspects de l’art abstrait géométrique en Occident. Pour l’occasion, l’Espace de l’Art Concret a choisi de faire appel à un double commissariat, composé de Oleg Grabar (Professeur émérite à Princeton University, correspondant étranger de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, historien des arts de l’Islam) et d’Arnauld Pierre (Professeur à l’Université de Grenoble II, historien de l’art abstrait).

 

Le propos de l’exposition s’articule autour de plusieurs cas avérés et revendiqués de contacts de représentants de l’abstraction géométrique avec les arts de l’Islam. La découverte de l’Alhambra de Grenade par Morellet en 1952 le confirme dans le tournant radical qu’il est en train de faire prendre à sa peinture. En 1957, il réalise une série de tableaux (Répartition de 16 formes identiques) qui renvoie directement à cet événement fondateur, tandis que les compositions à double trame des années 1959 et 1960 engendrent des réseaux de lignes manifestement apparentés à certaines formes du décor arabo-musulman. Si François Morellet n’a jamais fait mystère de ces influences, un ensemble inédit de documents, comprenant notamment les photographies réalisées à l’Alhambra par l’artiste lui-même, permettra de considérer cet ensemble d’œuvres sous un jour entièrement nouveau.

 

François Morellet n’est pas le seul représentant de l’art concret à revendiquer l’exemple des arts de l’islam. La perspective tracée par ses œuvres sera enrichie, notamment, par la présence de l’un de ses contemporains, Karl Gerstner (Die Formen des Farben, 1986), mais également par celle de Gottfried Honegger (Dessins à l’ordinateur, 1970) ou Vera Molnar (en oblique, 1970).

 

En réservant une part privilégiée de son parcours à Frantisek Kupka, l’exposition cherchera aussi à rappeler l’ancienneté de ces influences. L’un des pionniers de l’art abstrait dès avant 1914, Kupka a toujours proclamé la haute valeur de l’abstraction ornementale des artistes arabo-musulmans, auteurs, selon son expression, de ce « chant rythmique de l’esprit » auquel le titre de l’exposition fait référence. Il sera représenté par des œuvres de la série Arabesques, peinte en 1926, et par un ensemble d’études et de pièces documentaires qui apportent des indices tangibles de son intérêt pour les arts de l’islam.

 

L’exposition se développera autour de l’intérêt persistant que suscitent l’esprit et les formes des arts de l’islam chez des artistes apparus plus récemment. Plus récemment encore Tania Mouraud, qui produit depuis la fin des années 1980 un travail sur les codes de lecture et sur la transformation de la graphie, réalisera une œuvre murale directement liée à ses derniers travaux à partir de l’écriture coufique. Une œuvre de Bernard Frize, fondée sur l’entrelacs géométrique, viendra rappeler la constante fascination des artistes occidentaux pour certaines structures décoratives plus ou moins lointainement dérivées de modèles orientaux. Enfin, dans une influence à rebours, l’œuvre de Mehdi Moutashar témoignera d’une lecture fondée sur sa culture arabo-musulmane, à la lumière des ressources du minimalisme de l’abstraction géométrique des avants-gardes européennes.

 

La totalité du parcours de l’exposition sera animée, en contrepoint rythmique, de la présence d’œuvres issues du monde islamique, prêtées par le Musée du Louvre, Département des Arts de l’Islam, ainsi que par l’Institut du Monde arabe de Paris. Représentatives d’une grande variété de techniques et de formes d’expression, elles dialogueront ou se confronteront avec les œuvres de l’abstraction géométrique selon une méthode éprouvée, qui fait depuis de longues années la spécificité de l’Espace de l’Art Concret.

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