visuel

A fur et à mesure

02/12/2001 - 03/03/2002

Commissariat : Ghislain Mollet-Viéville

Le 16 mars 2001, Sybil Albers et Gottfried Honegger pérennisaient le projet en faisant don à l’Etat Français, Fonds National d’Art Contemporain, de leur collection de 278 œuvres regroupant 120 artistes européens et américains. Cette donation est définitivement mise en dépôt à l’Espace de l’Art Concret de Mouans-Sartoux. Un nouveau projet architectural d’environ 1500 m2, conçu et réalisé par les architectes suisses Gigon & Guyer, accueillera au printemps 2003 cette donation.
Ici, sans doute plus qu’ailleurs, l’acte de collectionner prend sens. Aux côtés de Sybil Albers et de Gottfried Honegger, Aurelie Nemours et Gilbert Brownstone ont récemment rejoint le rang des donateurs engagés de l’EAC. Au regard de cette qualité, d’autres suivront bientôt.

A l’objectif de départ fort justement affirmé par l’artiste-collectionneur Gottfried Honegger : “ apprendre à regarder, c’est créer ”, s’ ajoute ainsi aujourd’hui celui de “ collectionner, c’est créer ” , et plus encore peut-être celui de “ collectionner, c’est s’engager ”.
C’est à l’invitation de Gottfried Honegger que l’Espace de l’Art Concret présente aujourd’hui une sélection de la collection Françoise et Jean-Philippe Billarant.
L’aventure artistique est histoire d’amitiés. Celle qui unit Sybil Albers et Gottfried Honegger à Françoise et Jean-Philippe Billarant relève d’un même parcours exemplaire, partiellement décrit par les mots de Julia Kristeva dans le catalogue du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, “ Passions privées ”, à propos de l’attitude des collectionneurs jansénistes. On rencontre chez eux une même rigueur de choix esthétiques –liée soit à l’art concret chez les Honegger, soit à la révolution minimale et conceptuelle des années 70,chez les Billarant - se doublant d’un réel engagement social en faveur de l’action pédagogique -pour les Honegger-, ou de la commande auprès de jeunes artistes et compositeurs -chez les Billarant.

Commencée il y a une vingtaine d’années, la collection Billarant a évolué de Chaissac à Magnelli, vers des œuvres toujours plus construites, plus cérébrales, plus objectives. Les rencontres avec Roger Mazarguil, grand collectionneur, Ghislain Mollet-Viéville, agent d’art et expert, la visite de certaines expositions, la lecture de revues et catalogues, l’amour pour la poésie de Mallarmé ont été des éléments déclencheurs. Ce qui passionne Françoise et Jean-Philippe Billarant, c’est le goût de la démarche intellectuelle, “ comprendre ce que chaque artiste veut dire et comment il le dit, comprendre son langage. ” A l’instar de l’art qu’ils défendent, leur collection répond à la double exigence de pensée et de construction.
L’exposition rassemble un choix de 34 œuvres –dont 12 installations-, pour la plupart dispositifs à mi-chemin entre sculpture et architecture, où l’art s’appréhende au présent, à fur et à mesure… En répondant à la formule de Mies van der Rohe : “ Less is more ”, les œuvres de tendance minimale (Carl Andre, Donald Judd, Sol LeWitt…) utilisent des formes géométriques simplifiées à l’extrême, des couleurs et des matériaux industriels qui évacuent toute subjectivité, tandis que celles relevant d’une démarche conceptuelle (Robert Barry, On Kawara, Lawrence Weiner...) privilégient au travers de mots ou de phrases les modalités de conception ou d’actualisation de l’œuvre d’art, plutôt que sa matérialisation.
La thématique choisie par les collectionneurs confronte ici les notions d’espace et de temps (On Kawara, Stanley Brouwn, Claude Rutault, Günter Umberg, les ready-made appartiennent à tout le monde), de constante mesurable (Niele Toroni, Daniel Buren, Alan Charlton, Carl Andre, Robert Barry), de dimension variable (Peter Downsbrough, Felice Varini, Michel Verjux, Véronique Joumard, Sol LeWitt), de progression (Donald Judd, Fred Sandback, Cécile Bart, Daniel Buren, François Morellet, Lawrence Weiner), d’unité fonctionnelle (carl Andre, Claude Rutault, Gottfried Honegger, Fred Sandback, Krijn de Koning), ou de milieu (Robert Barry, Lawrence Weiner).

Pour les Billarant, collectionner signifie s’engager, s’impliquer, témoigner en faveur de la création contemporaine et de la modernité.

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