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du Jardin au Cosmos

29/06/2008 - 04/01/2009

Commissariat : Jean-Avrilla, assisté de Samuel Fallet

A l’heure où les questions environnementales nous amènent à nous interroger sur notre lien à notre milieu, à la planète, cette exposition tente de déchiffrer, avec les oeuvres d’art, l’imaginaire que nous projetons sur la nature.

Les relations que les hommes ont développées à son égard ne sont pas seulement variables dans le temps, elles le sont également selon les cultures. Cette relation culturelle à la nature est particulièrement sensible dans l’art. C’est pourquoi, à l’occasion du réaménagement du Parc du Château par Gilles Clément et du lancement de notre partenariat avec la Bastide du Parfumeur, nous avons souhaité présenter le rapport que les artistes contemporains instituent avec la nature.

Loin d’être une exposition consacrée au Land art ou un panorama complet de l’utilisation de la nature dans l’art, cette exposition entend montrer, à partir d’un choix limité d’oeuvres, les modes de relation que nous, contemporains, tissons avec la Nature au sens large, ce milieu au sein duquel l’espèce humaine a évolué. Cette exposition s’offre donc comme un parcours, des jardins à la française comme principe de mesure et de géométrisation de la terre à l’espace ouvert sur le cosmos et la conscience de la matérialité et de l’organisation de l’univers.

 

Deux axes structurent cette exposition. Le premier prend appuie sur la notion de naturalisme au sens scientifique et ethnographique, pour décrire l’approche matérialiste de la nature qui sépare l’homme des autres êtres vivants et de son environnement. Le second développe les relations plus complexes aux êtres vivant et à l’environnement en y plaçant ce que l’on pourrait appeler une force de l’esprit. Dans le premier cas les oeuvres s’inscrivent dans un parcours strict qui passe par l’expérience, l’observation et la représentation. Dans le second cas, les oeuvres font le lien entre l’homme et la Nature en tant que véhicules de transcendance et de récit. Ces deux axes sont complémentaires et résultent de l’expérience cumulée de tous nos ancêtres et aïeux.

Les oeuvres choisies ne montrent pas seulement l’intérêt pour la question de la nature. Elles témoignent d’un véritable engagement des artistes, en dehors de tout folklore écologique, sur des questions qui fondent notre société contemporaine : Quel mode relationnel instituons-nous avec la nature ? Quelle place donner à l’homme dans l’échelle de temps naturelle et géologique ? Avons-nous conscience que la nature et notre planète est un élément du vide cosmique ?

 

Cette exposition traite de la création contemporaine depuis les années 1960, uniquement en occident. Elle témoigne qu’il existe depuis cette époque une sensibilité très grande des artistes contemporains à la nature, aux liens tissés avec elle et à leurs bouleversements, mais aussi que ce champ de l’art, par delà la diversité des approches artistiques, répond à une nécessaire structuration plus fondamentale de la relation de l’humanité à la nature.


Salle 1

La nature sauvage est aujourd’hui pensée dans bien des cas en terme romantique. Cette approche reste encore culturelle car il n’existe pas de rapport objectif à la nature. Ce rapport est la lente succession de l’imaginaire que l’homme, au cours de son histoire, a projeté sur son milieu. Plusieurs notions sont en jeu dans cette salle : d’une part celle de force souterraine et de frontalité, c'est-à-dire le rapport à une force imposante mystérieuse (Jean-Luc Moulène) ; et d’autre part celle du temps et de l’espace, le temps de saisons et l’espace cosmique qui trouve son importance dans la domestication de la nature pour l’agriculture et la maîtrise du temps (Darren Almond).


Salle 2

L’occident propose depuis le XVIIe et XVIIIe siècle une relation à la nature séparant l’homme de son milieu. L’homme parle et raisonne, la nature est un environnement dont la finalité est sa maîtrise totale. Ce principe philosophique que l’ethnologue Philippe Descola nomme naturalisme caractérise notre société industrielle tout au long du XIXe et du XXe siècle. Cette approche a permis le développement considérable et rapide des sciences modernes et donc d’une meilleur  connaissance  du monde. Partant de ce postulat, cette salle propose trois approches de l’expérience de la nature. D’une part celle d’une nature vierge dont il est vain de vouloir rapporter un quelconque élément sauf l’expérience elle-même : ainsi Hamish Fulton marche dans des sites naturels exceptionnels et en rapporte des descriptions objectives sous forme de notes ou de représentation symboliques. D’autre part l’expérience au sens scientifique avec historiquement les gaz rares inertes de Robert Barry, lâchés dans l’air mais qu’il est impossible à observer pour l’œil humain et la mise en comparaison de matériaux naturels et fabriqués par Gyan Panchal. Ce dernier propose une sorte de mise en abîme d’une mousse, la rose de Jéricho, sur une mousse issue de  l’industrie pétrolière ou la trace d’un silex, premier outil de l’homme sur une feuille de papier de verre.


Salles 3 et 4

Toute expérience doit donner lieu à une observation et à une représentation et les méthodologies d’observation orientent les résultats. Ainsi Eric Poitevin propose t’il un plan serré d’une forêt où le paysage disparaît au profit d’un rideau d’arbres rythmant l’image. A l’opposé, les portraits vidéo de Valéry Grancher prennent le parti d’un regard ethnographique. Il connecte ainsi deux mondes qui n’ont, a priori, pas vocation à se rencontrer, les nouvelles technologies et les indiens Shiwiars. Ces portraits mettent en relief la contradiction entre la finitude d’une globalisation dévorante et l’immensité d’un imaginaire toujours renouvelé chez des peuples farouches défenseurs de leur liberté.


Salle 6

On ne peut montrer le lien de l’homme à la nature dans l’art contemporain sans évoquer le fabuleux travail de Robert Smithson. Il fut l’un des premiers artistes a abordé les questions environnementales par un travail mettant en parallèle l’échelle géologique et l’échelle humaine. Nous présentons l’une de ses œuvres majeures, la Spiral Jetty, gigantesque jetée s’allongeant en spirale dans le Great Salt Lake (Utah) et dont la forme s’inspire de la formation des cristaux de sel sur les rochers. Cet action de domination de l’environnement révélant la force mécanique de l’homme opposée à l’entropie de la nature se retrouve dans les dessins d’autres projets dont certains ont été réalisés comme Amarillo Ramp. Face à lui, Hubert Duprat propose des œuvres de maîtrise de matières naturelles avec le même souci de marquer la différence sur le temps de la nature et celui de l’homme. Chez cet artiste, ce n’est pas le gigantisme mais le délicat travail de marqueterie qui permet d’assembler les cristaux de quartz en une paroi translucide, projet pour des vitraux, ou le difficile travail de taille de silex qui crée ces figures animales que l’homme invente de ses mains depuis la nuit des temps.


Salle 7

Giuseppe Penone développe depuis la fin des années 1960 une œuvre singulière qui interroge la relation entre nature et culture. Figure majeure de l’Arte povera, il réalise des œuvres où l’accent porte sur le processus créateur. L’identification aux forces naturelles comme les fleuves, les arbres ou le souffle révèle un lien fort entre corps humain et règne végétal. Albero, 1973, est une planche de pin sculptée de manière à dévoiler la forme original de la plante, l’être d’origine. Il superpose ainsi une tradition littéraire antique et un art des matériaux naturels.

S’inscrivant dans un même champ d’interrogation, Wolfgang Laib récolte depuis les années 1970 le pollen de différentes plantes. Cette matière naturelle fécondatrice devient un véritable pigment coloré auquel il donne différentes formes inscrites dans des champs culturels différents : le carré au sol fait écho à l’art minimal, les montagnes de pollen à des offrandes cultuelles de traditions hindouistes. Son œuvre fait le lien entre les traditions artistiques occidentales contemporaines et les traditions philosophiques orientales.


Salle 8

L’acteur majeur de l’art de la seconde moitié du XXe siècle que fut Joseph Beuys a très tôt traité des questions écologiques. Son œuvre articule pratique artistique, démarche philosophique et combat politique. Travaillant autour de sa propre renaissance après un grave accident de guerre lors de la seconde guerre mondiale, son œuvre interroge à la fois les fondements de l’art et ceux du sens de l’homme sur la terre. Le rapport à la nature et aux animaux en particuliers est très influencé par la tradition animiste des plaines d’Asie centrale. Le film I Like America and America Likes Me rend compte d’une performance où il s’est laissé enfermer dans une galerie une semaine avec un coyote et pendant laquelle ils se sont apprivoisés l’un l’autre. La pelle relate une action importante de 1982 intitulée 700 Eichen réalisé lors de la Dokumenta de Kassel. Il s’engagea dans la plantation de 7000 chênes, chacun accompagné d’un bloc de basalt. Il souhaitait ainsi sensibiliser le monde aux problèmes écologiques qu’il voyait très justement arriver au tournant du XXe et XXIe siècle. Cette œuvre continue puisqu’après Kassel, la Dia Foundation a planté une série d’arbres dans New York, et que de nouvelles initiatives permettent de continuer les plantations.


Salle 9 et 10

La lecture astrologique des évènements remonte, d’après l’anthropologue Philippe Descola, à un mode de lecture analogique du monde, en vogue en occident jusqu’au XVIe siècle. Ce système révèle l’interconnexion entre la nature, l’univers et la vie de chaque homme, chaque évènement trouvant ainsi sa place logique dans la marche du monde. Les formes de pouvoir et de contrôle de la société sont au cœur du travail de Renaud Auguste-Dormeuil. Ainsi propose t’il une série de représentation des cieux étoilés les veilles de grandes catastrophes comme le bombardement de Londres du 6 septembre 1940, s’appropriant l’image astronomique et le sens astrologique pour leur donner un sens politique.

Les mythes de la conquête de Lune de la fin du XIXe et du début du XXe siècle sont devenus une réalité dans la seconde moitié du siècle dernier. Les découvertes et l’exploration spatiale modifient considérablement la perception de notre place dans l’Univers et dans son infinitude. Pourtant les conquêtes réelles ne seraient rien sans celles de l’imaginaire. C’est ce que transcrit l’œuvre de Melik Ohanian Welcome to Hanksville. Cette petite ville de l’Utah accueille le Mars Desert Research Station qui permet de simuler et d’étudier les possibilités d’installation sur Mars en raison de la similarité de géologie et de paysages avec les zones ciblés sur la planète rouge. Cette œuvre pose dans cette exposition la question de notre environnement extraterrestre et donc de la colonisation de notre système solaire.



Le parc du château - Réaménagement par Gilles Clément

Cette exposition est l’occasion de découvrir le parc du Château de Mouans. Il fait l’objet d’un réaménagement dans le cadre d’une commande publique de la Ville à Gilles Clément avec l’aide du ministère de la Culture et de la Communication, du conseil régional PACA et du conseil général des Alpes-Maritimes.

Gilles Clément est à la fois jardinier, paysagiste, enseignant à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage à Versailles et écrivain. Sa réflexion et sa pratique de la nature l’ont amené à imaginer et initier plusieurs concepts repensant les notions de paysage et de jardin au regard de l’évolution de nos sociétés. Son travail et sa pensée abordent les questions d’occupation de l’espace (le Tiers-Paysage et le Jardin Planétaire), ainsi que les questions écologiques (le Jardin en Mouvement). Il défend la préservation de la diversité des espèces tant dans les écosystèmes périurbains que dans les jungles tropicales. Il est l’auteur ou le co-auteur de très nombreuses interventions dans le domaine public dont nous ne citerons que le Parc André Citroën ou les jardins du Musée des Arts Premiers à Paris, les jardins du Château de Blois ou ceux du Domaine du Rayol dans le Var.

Le projet de réaménagement de Mouans-Sartoux réalisé en collaboration avec le paysagiste François Navarro, est pensé pour souligner les modes d’usage initial du parc et accentuer la circulation des visiteurs entre la “Clairière des jardins”, autour du château, et le “Bois des transparences”. Une très belle plateforme carrée en façade du château accueille les manifestations estivales, un jardin des 7 couleurs côtoie un nouveau près planté de figuiers et d’oliviers.

La terrasse des pruniers à fleurs et les glycines du nord du Château sont la première étape vers le “Bois des transparences”. Dans le bois, un ensemble de petites clairières ponctuées de socles de pierres offre un véritable parcours en descendant vers le petit pont sur le Rougon. Sur chacun de ces socles est gravé le nom commun d’une plante du jardin des 7 couleurs.

Ce projet souligne la topographie du site et nous donne, par la diversité des espèces plantées, un cycle de floraison permanent. Au fil des saisons, les différents espaces du parc fleuriront pour nous inviter à la promenade.

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