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Gottfried Honegger, des rencontres ... qui m'ont marqué

28/01/2007 - 10/06/2007

Commissariat : Gottfried Honegger

Cette exposition est la rétrospective d’un autodidacte qui veut rendre hommage et remercier tous ceux qui l’ont aidé à trouver sa voie. Les dialogues, l’écoute, l’observation étaient instructifs et m’ont éclairé sur mon chemin. Encore aujourd’hui, leurs encouragements, leurs critiques m’accompagnent et me donnent envie de continuer.

Aucun art ne naît du néant. Des modèles, l’exemple aident à développer sa vie personnelle et sa propre vision de l’art. Autrefois, il existait des groupes tels les dadaïstes, les cubistes, les surréalistes, le groupe De Stijl et d’autres. Maintenant – et je le regrette – le sens de la communauté manque. Aujourd’hui, chacun travaille pour soi. Les rendez-vous, les rencontres, les réunions d’atelier n’existent presque plus.

Ce qui, dans son temps, se nommait une association de membres – NOUS – s’est aujourd’hui appauvri au seul JE. Dommage, très dommage, …… que de merveilleux souvenirs que je garde - oui - que me resterait-il sans ma rétrospective. C’est vrai, l’individualisme est une condition nécessaire à la diversité de l’art d’aujourd’hui. Cependant, si l’on dépasse les limites, si on devient trop présomptueux, l’individualisme dégénère en égoïsme et c’est justement cela qu’a voulu atteindre le néolibéralisme.

 

Moi – le plus beau,

Moi – le meilleur,

Moi – le plus courageux

Moi – le plus grand

Moi – Je, Moi – Je, Moi - Je, et, pendant ce temps-là, nous oublions que l’individu reste seul, sans communiquer. C’est ainsi qu’il perd le sens de la communauté, le sens civique et le sens de la solidarité.

 

Ce qui compte aujourd’hui, c’est le gagneur, le plus célèbre, le plus cher. Aujourd’hui, c’est le marché et les honneurs qui décident de l’art. La recherche du gain, le marketing ignorent que la société humaine représente un immense réseau interrelationnel, où chacun a besoin de l’autre : du médecin, de la coiffeuse, du balayeur de rue, etc. ...

Nous, les artistes, avons besoin – en plus – du collectionneur, du galeriste, de l’historien de l’art, du conservateur, du restaurateur d’oeuvres et puis, bien entendu des amis de l’art. Sans eux, l’art n’aurait pas voix au chapitre, serait un objet inutile.

Nous tous, même les plus célèbres, cherchons des louanges, de la critique, de la tolérance, de la réconciliation. Cette soif de la liberté totale, sans engagement ni responsabilité sociale est une des causes pour qui fait de l’art une marchandise, un objet de spéculation. Comme à la bourse, on observe les prix de vente lors des enchères et on s’étonne des millions qui sont investis dans les oeuvres d’art pour rapporter des bénéfices.

En concevant une culture sociale engagée, l’art pourrait se détacher de l’esprit du « tout argent » et reprendre le rôle du messager envers la communauté, comme il en était avant.

L’art est le seul héritage qui nous vient du paradis.

Grâce à mes rencontres, il m’était permis d’acquérir ces connaissances. Nous devons continuer d’aller vers l’autre, entretenir le dialogue et la vie sociale.

Il me reste à espérer que nous tous réunis pourrons sauvegarder les valeurs spirituelles de l’art et que, finalement, l’art fasse partie intégrante de la culture sociale.

 

Gottfried Honegger

 

 

 

Entretien avec Gottfried Honegger par Jean-Marc Avrilla

 

L’exposition « Des Rencontres…qui m’ont marqué » rassemble des oeuvres d’artistes aussi différents que Pablo Picasso, Alexander Calder, Josef Albers ou Sam Francis. Ces rencontres ont-elles été marquées par les hommes ou par les oeuvres ?

Les deux………… Par contre, c’est une erreur de penser que l’artiste est créateur « ex ovo ». C’est la société, sa culture, qui est la terre, dans laquelle l’art pousse, dans laquelle l’art témoigne du présent.

 

Vous allez fêter en juin prochain vos 90 ans. Vous avez souhaité construire un dialogue entre votre travail et celui de ces 15 artistes. Pourriez-vous nous dire en quoi vos dernières oeuvres s’inscrivent dans cette continuité historique ?

Je suis né dans une époque, dans laquelle le mot « nous » a dominé nos discours. Aujourd’hui c’est le « moi », le « je » qui caractérisent notre société globalisée. Je tiens à rendre hommage à mes amis artistes, aux hommes et femmes de l’art et de la politique pour dire Merci. Aujourd’hui nous avons la tendance d’oublier les pionniers du passé. Nous cultivons le « culte du génie ».

 

Tout au long de votre vie vous avez pris position dans la société, pour défendre la place de l’art et de la création et, offrir des perspectives aux générations futures. Quel rôle peut ou doit jouer l’artiste aujourd’hui ?

Les pionniers de l’art moderne étaient tous socialement engagés. Picasso, Léger et d’autres ont créé à Paris en 1946 le premier musée de l’art moderne, Il s’appelait « Musée de la pensée française ». Aujourd’hui, les artistes, les intellectuels se taisent. C’est d’autant plus triste que le marché de l’art dépasse toutes les limites. L’art est devenu aujourd’hui un objet de spéculation réservé à une élite.

 

Vous avez fondé avec Sybil Albers, en 1990, l’Espace de l’Art Concret et donné en 2000 votre collection à la France. Cette expérience a été appelée « l’utopie réalisée ». Quel message avez-vous souhaité transmettre à la fois au public et aux décideurs politiques ?

L’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux est pour nous une preuve, que l’art est une nécessité existentielle. Les milliers d’enfants qui fréquentent les ateliers, le nouveau plan d’urbanisme que le Maire André Aschieri a initié, témoignent, que l’Espace de l’Art Concret a accompli sa mission. Le bureau de tourisme écrit dans sa publicité : « Mouans-Sartoux – ville de la culture ».

 

Pour cette exposition ont été présentés :

Une série d'œuvres réalisées en 2006 par Gottfried Honegger, constituée de 11 monochromes sur bois de grands formats interrogeant la relation de la peinture à l'espace ; et une série de 4 sculptures.

 

Une sélection d'œuvres de Josef Albers, Heinrich Altherr, Jean Arp, Max Bill, Marcelle Cahn, Alexander Calder, Dadamaino, Sam Francis, Fritz Glarner, Al Held, Al Jensen, Joan Miró, François Morellet, Aurelie Nemours, Pablo Picasso, Ludwig Sander, Michel Seuphor, Kimber, Smith, Friedrich Vordemberge-Gildewart ainsi qu'un ensemble de sculptures africaines de la collection Albers-Honegger.

 

Des documents témoignant de l'engagement de Gottfried Honegger dans la vie publique pour défendre la place de la création auprès de personnalités politiques ou du monde de l'art : Maurice Besset, Jack Lang, Serge Lemoine, Sir Herbert Reed et Claude Renard.

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