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L'ART CONCRET

En 1930, l’artiste néerlandais Theo Van Doesburg fonde à Paris, en réaction à la création du groupe Cercle et Carré par Michel Seuphor (1901-1999) et Joaquín Torrès-García (1874-1949), le groupe art concret qui rassemble les artistes Otto Gustav Carlsund (1897-1948), Jean Hélion (1904 - 1987), Léon Tutundjian (1905-1968) et Marcel Wantz. Dans le numéro unique de la revue baptisée du même nom paraît, en avril 1930, le Manifeste de l’art concret qui, en six points, jette les bases théoriques du mouvement.

Theo Van Doesburg, marqué par l’influence du néoplasticisme de Piet Mondrian, propose une œuvre d’art « entièrement conçue et formée par l’esprit avant son exécution », visant à la « clarté absolue » et excluant toute expression subjective. L’art concret cherche en effet à atteindre une forme de représentation de dimension universelle qui refuse tout sentiment et toute portée symbolique, les éléments picturaux composant les œuvres n’ayant d’autre signification que leur réalité propre. Selon Theo Van Doesburg est ainsi produite une « peinture concrète et non abstraite, parce que rien n’est plus concret, plus réel qu’une ligne, qu’une couleur, qu’une surface ». Avec le Manifeste de l’art concret, Theo Van Doesburg livre Composition arithmétique (1930, collection particulière, Suisse), œuvre abstraite géométrique dont la composition est régie par des rapports logiques et des structures déductives vérifiant l’axiome selon lequel « la construction du tableau, aussi bien que ses éléments, doit être simple et contrôlable visuellement ».

Parmi les autres réalisations des membres du groupe figure notamment Composition orthogonale (1930, musée national d’Art moderne, Paris) de Jean Hélion. Le décès de Theo Van Doesburg en 1931 marque la fin du groupe d’origine dont les recherches fournissent, avec celles menées par le groupe Cercle et Carré, les fondements du mouvement Abstraction-Création, créé la même année.

Dès 1936, le peintre, sculpteur et architecte suisse Max Bill donne une nouvelle impulsion aux idées initialement développées par Theo Van Doesburg. À l’occasion de l’exposition « Problèmes actuels de la peinture et de la sculpture suisses » qui se tient cette année-là au Kunsthaus de Zurich, l’artiste publie dans le catalogue un texte consacré à l’art concret. Au même moment s’opère autour de lui le regroupement d’un ensemble d’artistes qui, ayant en commun de construire leur œuvre sur les bases des principes édictés par Theo Van Doesburg, se font connaître sous le nom de Concrets zurichois. Le groupe rassemble notamment Richard Paul Lohse (1902 - 1988), Camille Graeser (1892-1980) et Verena Loewensberg (1912-1986). Tous participent par la suite à la manifestation intitulée « Art concret » qui se déroule à Bâle en 1944 à l’initiative de Max Bill. Leurs œuvres, qui font usage de formes géométriques élémentaires, se caractérisent par la rationalité de leurs compositions et l’usage de couleurs primaires et complémentaires. Les tons sont posés en aplats et ne connaissent aucune modulation tandis que les structures des toiles répondent au schéma de la grille, de la répétition de modules voire du déploiement de séries, de progressions arithmétiques et géométriques. Par l’intermédiaire de ces artistes l’art concret prend ainsi la forme d’un art systématique.


Après s’être diffusé en Argentine et au Brésil dès 1941, l’art concret poursuit son développement en France dans les années 1950 au travers notamment de l’œuvre d’artistes tels que François Morellet . En Angleterre, l’art concret trouve ses principaux représentants en Anthony Hill (1930), Vera Molnar (1924) et Kenneth Martin (1905-1984). À partir des années 1960, l’artiste suisse Carlo Vivarelli (1919-1986) inscrit également son œuvre dans le prolongement des explorations picturales entamées lors des décennies précédentes. Certains des principes fondamentaux de l’art concret exercent une influence décisive dans l’émergence et le développement de l’art minimal.

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