visuel

regard02 : minimalismes

18/11/2006 - 16/09/2007

Commissariat : Jean-Marc Avrilla

“regard 02 : minimalismes” rassemble les oeuvres de Carl Andre, Larry Bell, Alan Charlton, Dan Flavin, Donald Judd, Sol Lewitt, John McCracken, Fred Sandback, Stefan Sieboth, Alf Schuler, Richard Serra, Keith Sonnier et Michel Verjux. Autour d’artistes historiquement associés à l’art minimal, nous avons souhaité présenter le travail d’artistes de la même génération ou plus jeunes dont les pratiques entrent en résonance avec le mouvement américain de la deuxième moitié des années 1960.

 

Cette exposition témoigne tout d’abord de la richesse des oeuvres de la Donation. Le “South Deck” (pièce de plaques de métal au sol) de Carl Andre, le “12’’Cube” de Larry Bell en verre et plexiglass, le relief mural de tubes fluorescents “Sans titre – To Caroline” de Dan Flavin, l’ensemble des sculptures en tôle galvanisée ou aluminium laqué et l’exceptionnel banc en pin de Donald Judd, la structure blanche en métal et l’ensemble de dessins de Sol Lewitt, le groupe de sculptures colorées (“ Khios”, “ Lumina”, “ Sierra” et “ Chakra”) de John McCracken, le dessin préparatoire à une installation de Fred Sandback et le tube fluorescent “Saule pleureur” de Keith Sonnier, montrent que ces artistes tiennent une place centrale dans la Donation en ouvrant l’art concret historique aux pratiques contemporaines issues des années 1960.

 

Le refus de tout expressionnisme, la valeur de l’objet pour ce qu’il est matériellement sans valeur symbolique, uniquement pour ses qualités plastiques, le mode de production industrialisé et souvent en série nous ramènent aux conditions même de création définies par Theo van Doesburg en 1930 dans son manifeste “Art concret”. Il faut ajouter à ces conditions, celles propres aux années 1960 relatives à la réception de l’oeuvre : la présence matérielle de l’oeuvre dans l’espace, la place du spectateur, l’expérience physique et temporelle. Ces oeuvres s’incluent dans un ensemble, un tout, dont fait parti le spectateur au même titre que l’espace d’exposition. Nous ne discuterons pas ici de l’antériorité des principes définissant l’art concret sur les logiques mises en oeuvre par les artistes minimaux, issues de l’expérience de la peinture américaine (Color-Field et Hard-Edge), du refus de l’académisme de l’Expressionnisme abstrait et de la place prise par la performance à cette période. Quelle que soit la dette de l’art américain envers les avant-gardes européennes des années 1930, nous constatons une continuité entre l’art concret et l’art minimal.

 

C’est sur la base de cette continuité que nous avons souhaité ouvrir cette présentation aux artistes de la même génération ou plus jeunes dont les travaux font écho aux problématiques minimales. La neutralité grise de la peinture d’Alan Charlton structure l’espace qui l’entoure, au delà de la toile ; les traverses en équilibre de Stefan Sieboth questionnent l’architecture ; Alf Schuler expérimente les valeurs plastiques et physiques de la corde et du métal par des oeuvres jouant sur la perception du spectateur ; la densité obscure et menaçante d’un dessin de Richard Serra montre combien des matériaux et des formes géométriques peuvent modifier la perception de notre environnement immédiat ; enfin, les projections lumineuses de Michel Verjux offrent à voir l’essentiel de l’art et pourtant le moins saisissable, la lumière, en structurant l’espace même d’exposition.

 

Ce regard porté sur un ensemble historiquement élargi d’oeuvres de la Donation Albers-Honegger permet de mieux saisir le rôle qu’ont pu jouer les artistes concrets par leurs recherches dans l’affirmation d’une esthétique moderne et contemporaine. Cette exposition témoigne également de la continuité de la pensée critique depuis les années 1930 et de l’ouverture de la notion d’art concret. Cette ouverture est pour l’espace de l’art concret l’affirmation d’un regard porté sur les pratiques contemporaines et actuelles.

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