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le monde est rond

15/01 - 27/02/2005

Commissariat : Dominique Boudou

Le titre de cette exposition est emprunté à l’affirmation poétique de Gaston Bachelard issue de sa phénoménologie du rond, dans “ La poétique de l’espace ” :

 

“ Un philosophe qui a formé toute sa pensée en s’attachant aux thèmes fondamentaux de la philosophie des sciences, qui a suivi, aussi nettement qu’il a pu, l’axe du rationalisme actif, l’axe du rationalisme croissant de la science contemporaine, doit oublier son savoir, rompre avec toutes ses habitudes de recherches philosophiques s’il veut étudier les problèmes posés par l’imagination poétique. ”

 

En s’attachant aux thèmes fondamentaux de la philosophie des sciences, Gaston Bachelard s’interroge sur la causalité de la philosophie des sciences de la nature et sur le retentissement des images poétiques.

 

A l’inverse de la révolution de la science contemporaine qui s’inscrit dans le remaniement profond d’idées éprouvées dans le passé, l’image poétique n’est pas l’écho d’un passé. C’est plutôt l’inverse : par l’éclat d’une image, le passé lointain résonne d’échos dont on ne voit guère à quelle profondeur  ils se répercutent. Dans sa nouveauté, dans son activité donc, l’image poétique a un être propre, une dynamique propre, un retentissement, une sonorité.

 

Que se passe-t-il alors quand l’œuvre émerge de la conscience comme un produit direct de l’être-homme saisi dans son actualité, dans sa nature ?

 

“ Das Dasein ist rund. L’être est rond ”.

 

C’est à cette condition que la formule de Jaspers, reprise par Bachelard, devient pour nous instrument nous permettant de confronter le champ des sciences physiques, aux sciences de l’émotion, d’appréhender l’immensité intime du rond comme phénomène  physique et  psychique.

 

Qu’elle soit expérimentation ou contemplation première, l’immensité du rond apporte une image. Or, comme l’immense n’est pas un objet, la phénoménologie de l’immense nous renvoie à notre conscience imaginante. Il apparaît alors clairement que l’oeuvre d’art, comme l’expérience scientifique, est un  produit de l’existentialisme de l’être imaginant.

 

Cette exposition pédagogique, à la fois conceptuelle et expérimentale, propose une sensibilisation double et complémentaire, conjuguée, aux lois fondamentales de la nature qui nous régissent (relativité du mouvement, notion de force etc..) et à leur interprétation et/ou réappropriation par certains acteurs de la scène artistique contemporaine.

 

Par l’exercice du questionnement et le jeu des manipulations, elle crée la rencontre, en dix configurations, de 55 œuvres d’art de cultures, d’époques et d’expressions diverses et de 15 expériences sur le mouvement conçues et réalisées par l’Institut Robert Hooke de l’Université de Nice Sophia Antipolis

 

L’artiste, en pensant l’être et le non être dans une dialectique du dehors et du dedans, tout comme le physicien, en s’enracinant dans une géométrie implicite, spatialisent la pensée. Comme le cercle embrasse la courbe en un point, l’artiste et le physicien se rejoignent dans la recherche des conditions initiales, des éléments  fondamentaux.

 

L’ouvert et le fermé sont des pensées, des métaphores que l’homme rattache à tout, jusqu’à ses systèmes. L’imaginaire de l’être rond suit sa loi : le monde est rond autour de l’être rond. Son devenir a mille formes, mille systèmes, sans pour autant que l’être ne subisse  de dispersion : c’est la permanence de l’être en mouvement.

 

Or la science du mouvement débute avec des interrogations sur le centre de gravité, l’équilibre et sa rupture, la notion de moment, la résonance, la brisure de symétrie,  l’émergence du chaos, les parois et les domaines, l’attraction et la propagation, la croissance, l’excentricité, l’ondulation. Toutes problématiques que l’on retrouve dans les œuvres d’art ici présentées.

 

 

 

Quant au  poète, figure de l’être concentré sur lui-même, lui seul, tel Rilke, peut écrire :

« Ce rond cri d’oiseau

Repose dans l’instant qui l’engendre ».

 

Ou peindre, comme Fernand Léger :

« Le rond est libre, il n’a ni commencement ni

fin ».

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