visuel

regard06 : quand la Géométrie devient Art

21/06/2009 - 03/01/2010

Commissariat : Gottfried Honegger

Les salles du niveau -1 proposent une sélection d’oeuvres de la collection autour de la notion principale des mathématiques et de leurs différentes exploitations : systèmes et variations, volumes, jeu. Les oeuvres et les artistes présentés permettront de développer des notions communes aux deux domaines très complémentaires que sont les mathématiques et l’art.

La première salle abordera les modes de composition et de construction d’une oeuvre, liés soit à l’observation d’une règle logique permettant l’exploration systématique d’une forme, soit à l’introduction du hasard comme mode opératoire, pouvant parfois servir d’élément perturbateur de la règle.
La deuxième salle abordera la notion de volume (formes et reliefs), pour s’interroger sur les différentes formes de la sculpture et sur sa position dans l’espace d’exposition. L’introduction du relief dans la composition permet un jeu entre pleins et vides dans lequel la lumière et la place du spectateur sont essentielles à la lecture de l’oeuvre.
Enfin les oeuvres de la dernière salle ouvriront l’exposition à la notion de jeu. Reprenant certaines thématiques abordées précédemment (système, place du spectateur), les artistes introduisent un aspect ludique créant des oeuvres à l’effet cinétique très marqué et où l’implication corporelle du spectateur est essentielle.


Salle 1 : systèmes et hasard

Max Bill, Jean-François Dubreuil, Gottfried Honegger, herman de vries, Knut Navrot, Manfred Mohr.

 

la notion de système et son exploitation : la variation


Max Bill
: élaboration d’un système et variation à l’intérieur de ce système. Extrait catalogue « 15 variations sur un même thème » (expo EAC, 2002) : Il entreprend l’exploration d’une forme. Cherchant surtout à éliminer le côté intuitif de l’oeuvre, il crée une oeuvre à la nécessité intérieure autonome. Il recourt à la géométrie, domaine visuel du monde logique et mesurable, pour créer un langage objectif. Max Bill fait de la variation le principe même de l’art concret. Il introduit le possible parmi l’innombrable ; il interroge ainsi le statut de l’oeuvre d’art unique et prpose une méthode d’exploration systématique d’une forme.


knut navrot
: knut navrot dit vouloir reprendre la peinture à ses origines et pratiquer un art sans référence. Il cherche pour y parvenir à dégager les éléments propres à la peinture et qui ne renverraient qu’à eux-mêmes. Il les met en oeuvre selon des principes clairs, dont il expérimente les différentes possibilités, le système l’intéressant au moins autant que son résultat. Pour singulière qu’elle se revendique, la démarche de knut navrot n’est pas isolée : elle se situe parfaitement dans la continuité du manifeste de l’art concret de 1930 et des idées de theo van doesburg, ainsi que des statements d’ad reinhardt." Serge Lemoine, extrait de l’introduction à la monographie éditée pour l’exposition, paris, 2008.


la rupture du système : l’introduction du hasard


herman de vries
: Extrait catalogue « terre, vie et poésie » (expo EAC, 1991) : Dans les années soixante (1962), il s’intéresse de manière plus systématique au hasard. Par son travail dans un laboratoire de biologie, il connaît l’usage des tables aléatoires et la signification du hasard dans les processus naturels. Il choisit alors d’appliquer ces tables à une sorte de théorie du jeu portant sur la répartition sur la toile de quelques formes de base préalablement choisies. La toile devient un système de coordonnées. […] « random objectivations étaient le nom de ces travaux. […] la richesse et les variations obtenues par ce moyen, éludant toute répétition prévisible, dépassaient en variation et harmonie toute autre composition élaborée par avance. (potentialité inépuisable des combinatoires).


synthèse système et hasard


Manfred Mohr
: décomposition du cube et élaboration d’un langage. Tout en conservant la structure du cube, il détruit l’illusion tri-dimensionnelle ainsi que la symétrie de cette figure, afin de créer des générateurs d’éléments graphiques bi-dimensionnels.

Jean-François Dubreuil : aboutit à la mise en place d’une codification, sorte d’alphabet. Extrait notice FRAC Bourgogne : Depuis le milieu des années soixante-dix, la peinture de Jean-François Dubreuil repose sur des fondamentaux inaliénables. Ses tableaux sont le fruit du report sur toile des surfaces de supports d’information imprimés : quotidiens nationaux ou régionaux (dont il traite soit la une soit l’ensemble du journal), magazines d’information (parmi eux les hebdomadaires dont il traite la totalité). Échelle et positionnement des surfaces sont déterminés selon le format et le nombre de pages du support d’origine. C’est la logique de la série qui prévaut, quand bien même la dite série ne comprend qu’un exemplaire. Pour les couleurs, il a fixé une fois pour toutes une grille de base : noir pour les photos, rouge pour les publicités, gris ou blanc pour ce qui n’est pas signifié par les autres couleurs. À cette grille peuvent s’ajouter les autres couleurs selon l’analyse retenue. Par exemple, les articles de une qui font l’objet d’un renvoi à l’intérieur du journal. Dans ce cas, l’ordre d’apparition des couleurs est tiré au sort. Ces contraintes réduisent de façon drastique les prérogatives habituelles de l’artiste, mais constituent, en même temps, une formidable machine à peindre dont l’efficacité n’a cessé de se confirmer, en particulier dans sa capacité à produire une infinie variété d’objets. On dirait de l’abstraction géométrique et cependant cela n’en est pas vraiment.

D’une certaine manière, il s’agit de peinture d’histoire, bruissant des innombrables frémissements du monde, tels que la presse écrite les encrypte. À l’opposé de la roideur un peu solennelle et formelle de l’abstraction géométrique, on a affaire ici à une peinture mécaniste et aléatoire, défiant tous les critères habituels du goût mais aussi du métier (quand bien même les tableaux de Dubreuil sont impeccablement réalisés).

Gottfried Honegger : Il remplace le choix subjectif des éléments qui structurent l’oeuvre par un recours au hasard mathématique. Cette règle produit des séries de variations, puis une sélection aboutissant à des oeuvres où le déterminé, le défini, l’ordonné rencontrent leurs contraires.

 

 

 

Salle 2 : formes et reliefs

Andréas Christen, Renée Levi, Sigurd Rompza, Reiner Ruthenbeck, Peter Wigglesworth.

 

Cette salle propose une réflexion articulée autour de deux aspects :

- interrogation sur les différentes formes de la sculpture et sur sa position dans l’espace d’exposition;

- l'introduction du relief dans la composition qui ouvre de multiples interrogations sur les notions de plein et de vide, le rôle de la lumière, la place du spectateur.


Andreas Christen : Ses oeuvres ne sont ni des sculptures (on ne tourne pas autour) ni des peintures (il y a du relief) mais des espaces d’ombres et de lumières où la couleur blanche (extrêmement sensible aux variations de lumière) donne subtilement corps à des plans construits. Le regard se porte sur les zones de rencontre entre les plans, sans existence matérielle forte (ce sont de simples lignes, voire des points), mais rendues visibles par la construction et devenant ainsi des limites entre les espaces d’ombre et de lumière. Andreas Christen quitte le terrain de la stricte construction interne, chère à l’Art concret suisse, au profit d’une occupation murale et d’un jeu avec la lumière. Par la mise en situation de ses reliefs, il détourne l’attention du spectateur de la seule forme, et invite celui-ci à se déplacer pour changer d’angle de vue.

« En 1959, l’idée me vint de soulever hors du plan le point central d’un carré. Ceci impliquait pour moi la possibilité de matérialiser dans une forme mathématique pure des surfaces, des lignes et des points, de telle sorte que deux surfaces se croisant donnent une ligne. En même temps naissaient, grâce à ce principe, des structures qui résultaient irrévocablement de ce processus du passage de la deuxième à la troisième dimension. ».

Renée Levi : La formation d’architecte de Renée Levi l’a conduite à des réalisations en relation avec le lieu d’exposition. Ses interventions restent néanmoins souvent limitées aux surfaces planes, comme le mur ou le sol, ou encore le plan de surfaces mobiles, enroulées en volumes et disposées librement dans l’espace. La couleur est au coeur de sa peinture, qu’elle se présente sous la forme d’aplats monochromes ou de surfaces en expansion obtenues au moyen d’un réseau de lignes denses développées sur le mode de l’improvisation.

Sigurd Rompza : L’analyse de la représentation traditionnelle du relief et de son évolution se situe au coeur du travail de Sigurd Rompza, depuis ses premiers reliefs blancs de 1972. Combinant sculpture et peinture, ses oeuvres jouent en toute géométrie entre surface et espace, entre hauteurs et profondeurs, couleurs et expériences lumineuses. Sigurd Rompza insiste sur le fait qu’il pousse à la participation du spectateur dans son oeuvre. A l’origine de cette participation : le mouvement que l’oeil fait pour analyser ce qu’il voit dans l’espace. Le relief linéaire de la forme, joue ici sur l’aplat du mur, l’oeil suit son développement, le spectateur participe à son insu à ce mouvement. Ses objets de lumière muraux sont en fait des formes couleurs qui instruisent l’oeil sur un mouvement naissant du volume.

Reiner Ruthenbeck : Dès la fin des années 1960, il joue sur l’échelle d’objets agrandis jusqu’à l’inutile et sur la dualité des propositions et des situations (couleurs, échelle, texture…). Le travail sur la forme et son inscription dans l’espace d’exposition évacue peu à peu l’anecdote au profit d’une association déstabilisante des matériaux et d’une prise en compte accrue de l’architecture.

Peter Wigglesworth : Peter Wigglesworth a fait ses études à la St Martin's School of Art de Londres. Il quitte l'Angleterre en 1983, après avoir dessiné les premières boutiques du designer anglais Paul Smith. Il réalise un ensemble de peintures sur papier, d'oeuvres au crayon sur contreplaqué et dispose sur le sol des séries de volumes abstraits destinés à ponctuer l'espace. Comme designer, il travaille dans l'esprit de l'art minimal, notamment de Donald Judd, créant une gamme de luminaires et de meubles en bois et métal (tables, chaises, bancs, étagères) au style particulièrement dépouillé. Wigglesworth a écrit divers articles sur l'art et l'architecture. Sa première oeuvre architecturale est en cours de réalisation.

 

 

 

Salle 3 : les jeux

Servulo Esmeraldo, Alfons Schilling, Nikolaus Schwabe, Jesus Rafael Soto.

 

Certaines thématiques ont été abordées dans les salles précédentes : position du spectateur, composition selon un système déterminé…ici, les artistes poussent la démarche plus loin en introduisant un aspect ludique :

- aspect « théâtral » avec l’implication psycho-corporelle du spectateur;

- diversité des formes que peut revêtir un ensemble créatif.


Servulo Esmeraldo : Depuis 1967, année de la création du premier Excitable (Excitáveis), Servulo Esmeraldo détourne les objets et les matériaux les plus communs ou les plus inattendus pour réaliser des tableaux-objets qui sont tout à la fois des œuvres abstraites, mais également des dispositifs électrostatiques. Il s’agit en effet de frotter avec la paume de la main la surface de ces tableaux sensibles, pour produire de l’énergie électrostatique et animer ainsi chaque oeuvre d’effets cinétiques visuels.

Alfons Schilling : D'abord proche du mouvement des Actionnistes viennois, Alfons Schilling réalise en 1962 une série de tableaux de forme circulaire qui tournent à toute vitesse sur l'axe central. Installé aux Etats-Unis de 1962 à 1986, il invente toutes sortes de techniques et de machines qui remettent en question nos habitudes de vision en interrogeant les notions d'espace, de temps, de corps, de mouvement. Il expérimente les techniques de l'holographie, crée des "machines à retourner l'espace" et des appareils binoculaires doués du pouvoir d'agir sur le spectateur. Professeur à l'Ecole des arts appliqués de Vienne de 1986 à 1990, son oeuvre est celle d'un pionnier des réalités virtuelles et de l'interactivité.

Nikolaus Schwabe : Les quatre miroirs qui composent ses kaléidoscopes sont disposés de telle sorte qu’en introduisant à leur jonction des volumes, des surfaces ou des lignes, ceux-ci apparaissent comme corps géométriques architectoniques, proches des représentations architectoniques structurales du microcosme et des points, lignes, surfaces, espaces de l’art concret.

Jesus Rafael Soto : Dès 1957, Soto utilise des tiges de métal suspendues à des fils de Nylon et disposées devant un support finement strié de lignes noires et blanches. Le déplacement du spectateur et l’instabilité de la construction créent des vibrations optiques qui entraînent une dématérialisation des formes. Les oeuvres de Soto font converger le temps, l’espace et le mouvement.

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